À Veyrier-du-Lac, cette villa contemporaine, estampillée Groupe Dunoyer, semble glisser entre les arbres et les reflets du rivage. Sous ses lignes tendues de zinc et de verre, les terrasses découpent une succession de seuils ouverts sur le lac. Pour nous guider dans cette architecture pensée au plus près du paysage, Robert Dunoyer déroule le fil d’une maison où chaque ligne compose avec les variations lacustres.
Face à l’horizon mouvant, ce terrain garde encore la mémoire d’un ancien lotissement imaginé dans les années 1960 pour les cadres dirigeants de la SNR, figure industrielle historique du bassin annécien. La maison originelle – plus proche d’une cabane abandonnée – était arrivée au terme de son histoire. Nous avons choisi de repartir entièrement de zéro, tout en conservant cette relation privilégiée et cette atmosphère très particulière propre aux rives annéciennes, introduit Robert Dunoyer. L’intervention conceptuelle s’inscrit alors dans une réflexion globale où architecture, structure et paysage cohabitent dans un même mouvement. Épouser la topographie existante plutôt que la contraindre. Dès lors, les volumes s’étirent en douceur. Mais pour mieux en saisir les contours, impossible de ne pas évoquer le principe constructif développé par Robert Dunoyer en 1985, sur lequel repose l’entité architecturale du groupe, Axe&D. Un système poteau-poutre en lamellé-collé pensé comme une structure ouverte, capable de libérer les portées et d’effacer les limites entre intérieur et extérieur. C’est une structure charpentée portée par une vision de menuisier, résume Robert Dunoyer. Ici, les clairs de vitrage ouvrent la trame architecturale et de pair les larges perspectives, laissant le regard circuler librement d’un volume à l’autre.
Cette horizontalité se prolonge dans le choix des matériaux. Initialement pensée avec une toiture végétalisée, la maison voit finalement son écriture évoluer sous l’effet des contraintes administratives imposant une couverture métallique à faible pente. Un point de départ qui conduit Axe&D à développer un véritable fil conducteur autour du zinc quartz. Puisque l’on nous a imposé un choix qui, à mon sens, n’en avait pas vraiment – conserver une couverture métallique à faible pente dans l’esprit de la maison existante –, autant en faire un fil conducteur architectural! confie Robert Dunoyer. Pourquoi le zinc? Pour répondre à une vision durable. Le zinc est un matériau naturel, sans entretien, qui sera toujours là dans cent ou deux cents ans. Toitures et façades verticales se parent ainsi d’une même peau aux nuances matifiées, évoluant subtilement selon les heures du jour. En contrepoint, les volumes inférieurs changent de textures au contact d’un enduit à la chaux. Nous essayons toujours de suivre une ligne claire pour éviter la multiplication des matériaux, précise-t-il. À l’intérieur, l’atmosphère bascule vers un autre registre. Derrière cette enveloppe aux tonalités grisées, Axe&D développe une écriture plus chaleureuse, presque nautique dans son rapport aux matières et aux reflets. Un seul bois structure l’ensemble des espaces : l’acajou d’Amazonie. Des parquets aux portes, jusque dans les lignes de l’agencement, tel que la cuisine sur mesure façonnée par les ateliers du Groupe Dunoyer, ses nuances rouge orangé déroulent une présence chaleureuse et continue.
C’est un bois qu’il faut oser utiliser aujourd’hui. Nous voyons du chêne grisé partout. Nous avions envie d’aller vers quelque chose de plus singulier, avec une vraie présence, explique Robert Dunoyer. Le regard traverse librement les volumes, guidé par cette continuité boisée qui dessine naturellement les perspectives. L’acajou dialogue très bien avec la lumière et avec beaucoup de matières. Dans cette maison au bord du lac, il apportait aussi cette connotation un peu nautique que nous recherchions discrètement. La décoration imaginée par Annick Dunoyer orchestre les volumes avec retenue, sans jamais rompre cet échange symbiotique engagé entre le bois, le zinc et l’environnement. Les pièces choisies accompagnent l’atmosphère de la maison, à commencer par le canapé Baxter aux tonalités profondes, les suspensions Vibia au-dessus de la table sur mesure ou encore les assises de Frank Lloyd Wright. Rien ne cherche l’effet décoratif immédiat. Tout participe plutôt à une sensation d’équilibre, entre confort contemporain et esprit de villégiature. Cette écriture se poursuit jusque dans les espaces les plus techniques. Les salles de bains estampillées Antoniolupi délaissent le carrelage au profit de surfaces continues en béton ciré velouté. Nous ne voulions ni faïence ni rupture visuelle, souligne Robert Dunoyer. Les teintes minérales absorbent les variations du jour avec douceur, renforçant cette sensation enveloppante qui traverse toute la maison. À cela s’ajoute une dimension profondément liée aux usages. Salle de sport, sauna, espace massage, home cinéma ou encore terrain de pétanque prolongent cette vision d’une résidence pensée pour être vécue toute l’année. Même la micro-piscine chauffée, équipée d’une nage à contre-courant et dissimulée sous un cover coulissant isolant, répond à cette logique de confort discret. Face au lac et aux reliefs du Semnoz, la villa privilégie ainsi une autre forme de luxe. Plus silencieuse. Plus durable aussi.